Friday, 25 September 2020

J-5

Parce que oui, finalement, je me suis décidée. Donc maintenant je compte les jours. Le calendrier est parfait - un mercredi entre ta fête et mon anniversaire, donc ça ne te pertubera pas un jour d'école - si tant est que ça te perturbe - et ça m'évitera de passer mon anniversaire à attendre un signe qui n'arrivera pas.

J'ai officiellement "laissé tomber". Je coupe les ponts. A toi de les reconstruire si tu en as envie, tu seras toujours le bienvenu, mais j'ai besoin de ne pas savoir que tu es en ligne, j'ai besoin de ne pas espérer un signe à chaque fois que j'aperçois un point vert sur ton visage, j'ai besoin d'arrêter cette obsession, cette tristesse, j'ai besoin de vivre. Aussi, j'ai besoin de savoir que tu ne peux pas m'observer silencieusement, j'ai besoin de savoir que je peux poster mes photos quotidiennes sur Facebook sans que tu ne les voies et ne les juges.
Donc, voilà. Dans 5 jours, ça s'arrête.

C'est triste. 

C'est triste dans le contexte de nos discussions du mois de juillet, où tu m'expliquais qu'on s'était mal quittés, que tu voulais réparer le passé, que ton départ soudain il y a 20 ans était dû à ton immaturité, de nos jours tu aurais géré ça différemment... et bien en fait non, en fait c'était pas vrai. Ceci dit, quand tu auras 60 ans, tu m'expliqueras peut-être qu'on est immature à 45 ans.

C'est triste parce que je t'aime. Et quand je dis que je t'aime, ça veut dire que j'ai envie de ne penser qu'à toi, de te rendre heureux, de te faire une vie douce et tendre. Parce que tu es celui que j'ai choisi, il y a longtemps, et je ne choisirai jamais un autre. Parce que j'ai envie de cheminer avec toi, parce que j'ai envie de faire l'amour avec toi, parce que j'ai envie de te parler et de t'écouter tout le temps. Mais tu as décidé que tu ne voulais pas de cet amour, alors je le garde pour moi, je le range, je l'enfouis à nouveau. Je peux vivre sans. J'avais tellement envie de vivre avec ceci dit.

C'est triste parce que cette situation m'a renvoyé a tellement de blessures profondes que j'ai du mal à reprendre ma vie là où je l'avais laissée. Il y a 20 ans, j'avais du temps pour m'occuper de moi, pour pleurer tranquillement, pour aller rigoler avec mes copains en buvant des bières, pour m'ensevelir dans le stress de mon boulot au labo, pour aller faire l'amour à des hommes qui me désiraient, pour petit à petit me sentir à nouveau vivante, aimable, aimée, acceptée, interessante, interessée. Là, je n'ai plus ce luxe, même si évidemment j'aime ma vie avec mes enfants, et je n'ai aucune envie de revenir à cette vie d'il y a 20 ans. Et même si biensur, l'amour constant de mes enfants m'aide énormément à ne pas oublier qu'en fait je ne suis pas totalement inutile. Mais ces blessures enfouies pendant longtemps me font vraiment mal à nouveau.

C'est triste parce que ça aurait pu se passer autrement. Et je ne parle même pas du plan A, où on se serait retrouvé pour un weekend en amoureux à Paris au printemps, après la pandémie, et où on aurait enfin pu s'aimer les yeux dans les yeux. Je parle du plan B, celui où tu m'expliquais ton incapacité à m'attendre, où je comprenais, où on discutait, et où cette passion et cette tendresse entre nous se transformait en une amitié solide, unique, bénévolente. Ça aurait été possible, tu sais, enfin peut-être. On ne saura jamais. 

C'est triste parce que tu vas me manquer.

C'est triste parce que je vais te faire mal en claquant la porte, et je ne veux tellement pas te faire mal.

C'est triste.

Dans 5 jours.